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Bilboquet Magazine | 20/04/2018

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5 commentaires

Une dromacarte envoyée en 1916 parvient enfin à sa destinataire

Une dromacarte envoyée en 1916 parvient enfin à sa destinataire

C’est ce qu’on appelle un petit miracle : Joëlle Chapardeuse, retraitée en Charentes, a recu dans la matinée une carte électronique envoyée en 1916 par son arrière grand-père, Savin. La carte, de type « dromacarte », contient notamment un GIF bouleversant de Savin Chapardeuse en train de faire un moonwalk dans une tranchée.

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#VerdunCestduBoudin

Quels méandres la carte électronique a-t-elle bien pu suivre pour arriver, ce matin, dans la boîte électronique de Joëlle Chapardeuse ? « Mon arrière grand-père ne savait pas très bien se servir d’un ordinateur… alors d’un smartphone ! » sourit la dame, en allusion à la signature de la dromacarte qui indique « envoyé de mon Iphone ». Toujours est-il que les mots de la Grande Guerre sont bel et bien là, tranchants comme la lame d’une baïonnette. Les larmes aux yeux, Joëlle nous lit des extraits de la e-missive. « Ma chère Jojo… ma très aimée petite-petite-fille… le plomb crépite au-dessus de ma tête comme du popcorn dans un microonde… comme lui je suis cuit, ma Jojo. J’avance sans me retourner sur les rails de ma destinée, je suis un TGV sans pilote, un Concorde brisé, une fusée dézinguée… #jenpeuxplus #VerdunCestduBoudin ». S’en suit une petite animation, où un petit chaton danse de guingois en soulevant une pluie d’étoiles qui affiche « bon anniversaire Maman ». « Comme je vous disais, papi Savin ne maîtrisait pas si bien l’internet », rappelle Joëlle.

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Savin Chapardeuse a attaché une photo de lui en pièce jointe de la carte électronique.

 

Un souvenir si vivace

Interrogée sur sa relation avec son arrière grand-père, l’intéressée se montre peu diserte. « En 14, je lui ai dit de ne pas s’engager… il m’a dit qu’il serait rentré pour Noël », se souvient-elle comme si c’était hier, « alors que c’était il y a beaucoup plus longtemps que ça ». Mais pas de rancœur dans la bouche de Joëlle, seulement du sel : celui des larmes qu’elle retient dans sa gorge nouée. Car la dromacarte miraculeuse renvoie la retraitée à ses démons, ceux qui la hantent depuis cette sombre nuit de 1917 où Savin fut fauché, comme tant d’autres, par un drone allemand. Le brave légionnaire envoyait tout de même, avant de trépasser, un dernier texto à sa petite petite Joëlle : « Je traîne ma petite bille sheriff ». « Je crois qu’il y a eu une erreur de T9 mais je n’en serai jamais sûre », sanglote celle qui a bien grandi depuis. L’horreur de la « Drôle de Guerre » finira-t-il jamais de revenir comme un boomerang aux générations futures ?

Commentaires

  1. Djé

    Je n’ai rien lu de plus bouleversant depuis le SMS de Guy Môquet reçu par Nicolas Sarkozy, le 16 mai 2007 sur le perron de l’Élysée !

  2. Une chose, entre autres plus glorieuses, à retenir de cette étonnante histoire, récit tout à fait troublant qui n’a pas été sans provoquer chez moi un certain émoi : la langue française se portait déjà mal dans les tranchées et si Papi avait tendance à quelque peu se perdre dans les rouages de les Internets, divagations parfaitement compréhensibles tant la technologie nouvellement découverte en était à ses balbutiements, sa maîtrise de la langue laissait également à désirer.
    Car s’il est évident, voire logique, que pour des raisons grammaticales on puisse sans autre forme de procès s’accorder sur le fait que sa petite-fille Joëlle Chapardeuse, il n’en demeure pas moins que le grand-père devait logiquement Savin Chapardeur.

    Mais après tout ne s’agit-il pas là d’une bonne nouvelle et d’un message d’espoir envoyé à notre jeunesse désœuvrée gavée de smileys, jeux-vidéos qui rendent violent, téléréalité aussi et langage minimaliste pareil ? Car la nouvelle génération qui bientôt viendra nous marcher sur les pieds n’aura plus à culpabiliser face à sa mauvaise orthographe et sa grammaire défaillante dont on ne cesse de vanter les mérites. Un message d’espoir donc ! Comme quoi les fruits de l’esprit de Verdun sont nombreux et polymorphes.

  3. MesCouillesMickey

    L’histoire ne nous dira pas qu’après une vive attaque allemande, Savin s’était résigné à jeter des cailloux faute de munitions. Il entendait quelques « aïe » à sa plus grande satisfaction de voire le boche blessé. Mais sa plus grande vengeance a été de retrouver le numero du Iphone de Kurtz Willem, officier du 3ème landser bavarois qui lui faisait face lors de l’attaque. Ce dernier c’est retrouvé inondé de SMS injurieux voire diffamatoire durant plusieurs semaines.

    En voici une retranscription partielle:
     » TKT, on te fera la po sal boche  » ou encore  » Tu c si kan tes parents auront divorcé, ils resteront frère et soeur ? « 

  4. Mik

    Oh que tout cela est intéressant ! Dromacarte, internet et web en 1916 ? Mais bien sûr, évidemment. C’est ali_mentaire mon cher badsonne ! Le plus édifiant est de voir les 3 commentaires qui ont précédé le mien. Morale : plus tu dis des choses moins vraies, moins les gens ont plus de chances de te croire. Allez, bonne journée.

    Comme je n’aime pas perdre mon temps, je vais voir ailleurs si c’est moins triste.

  5. Chtoine

    Je souhaiterais revenir sur un élément passé au crible de cette tragique histoire: le moonwalk.
    A la lecture de cet article poignant, aurait tendance à pense que pépé Savin avait une certaine propension à effectuer des « moonwalk d’apparats » dans le seul but de divertir ses copains poilus.
    Eh bien billevesée!
    En effet, le moonwalk magistralement effectué par Savin était une technique bien connue aux fins d’éviter les balles ennemis et autres drones teutons. Il paraitrait même que le frottement des bottillons de combat permettait d’atténuer les effets du gaz moutarde.
    Je tenais à préserver la mémoire de Savin à travers ces explications techniques car, comme il n’est malheureusement pas précisé dans l’article, c’est en contractant une crampe à la jambe gauche lors d’un moonwalk de combat en 1917, que Savin fût détecté et identifié par le drone qui le fît passer de vie à trépas.

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