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Bilboquet Magazine | 27/06/2016

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16 commentaires

Un scénario, des scénarii : ces accros qui vont trop loin dans les règles de grammaire snobs

Un scénario, des scénarii : ces accros qui vont trop loin dans les règles de grammaire snobs

La vie de Julie est un enfer. Depuis maintenant 10 ans, cette Nantaise de 45 ans rentre chez elle tous les soirs avec d’intenses migraines et une franche envie de s’allonger pour ne plus jamais se réveiller. Pourquoi ? Cette femme, comme de nombreuses autres victimes anonymes, est accro à la grammaire snob.

« C’est un ami qui m’a initiée il y a une dizaine d’années » raconte-t-elle, d’énormes cernes sous les yeux. « Au début c’était si frais et rigolo… Mon premier mot, ça a été scénario accordé en scénarii au pluriel. Ça me faisait me sentir tellement bien et supérieure de placer un scénarii dans une soirée ou de reprendre les autres… c’était le bon temps ».

L’emploi du franglais, une addiction linguistique bien plus connue, a été désigné comme l’un des 10 maux du siècle par l’Ordre des Médecins (derrière le paludisme mais devant l’hépatite).

L’emploi du franglais, une addiction linguistique bien plus connue, a été désigné comme l’un des 10 maux du siècle par l’Ordre des Médecins (derrière le paludisme mais devant l’hépatite).

La « grammaire snob », une addiction grave

Sans le savoir, Julie mettait le doigt dans l’engrenage. « Le mot scénario est souvent la porte d’entrée vers l’univers de la grammaire snob » nous explique le professeur Mario Olalaw, spécialiste des addictions linguistiques. « La grammaire snob consiste à utiliser des règles de grammaire étrangères pour conjuguer un mot français, c’est parfaitement ridicule mais aussi extrêmement gratifiant pour le malade, qui pense détenir un savoir particulier », nous confie l’expert.

Retour sur Julie. « Petit à petit, j’ai été prise au piège. Au début c’était les pâtes : un raviolo, une tagliatella, un spaghetto… J’ai commencé à décliner les invitations de repas chez des amis, je les reprenais sans cesse, ça devenait difficile ». La femme reprend son souffle, en sueur. « L’italien ne me suffisait plus, un confetto, un graffito, quel délice de placer ces mots, mais il me fallait plus puissant ! Alors je suis passée au latin. Des doses d’adrénaline maximum, enfin maxima. Des medias, un medium ! Un forum, des fora ! Le pied total, le summum… somma ? non summum ».

« Employer le latin, une sorte d’extase
nécrophile très jouissive et addictive »

Pour le professeur Mario « lorsque les victimes de grammaire snob passent au latin, il est généralement trop tard. Elles appliquent alors les règles d’accord d’une langue morte au français, c’est une sorte d’extase nécrophile très jouissive et addictive. »

L’apéritif est un moment propice aux junkies de la grammaire snob. Ils pourront notamment demander un « blin » plutôt qu’un blini, tout en commandant poliment un verre de Martino.

Désormais, entre deux réunions des snobs grammaticaux anonymes, Julie occupe ses journées à réviser ses tables de déclinaison et la grammaire italienne, allemande, arabe, anglaise, espagnole, portugaise ou encore klingon pour pouvoir conjuguer tous les mots selon les règles de la grammaire snob. L’interview prend d’ailleurs un tournant singulier au détour d’une phrase. « Je n’en suis pas à ma première interview media, j’ai déjà fait plusieurs radios… attendez non, medium c’est un nominatif ou un ablatif… Radio ou radii d’ailleurs… je n’en peux plus ». Julie sort alors un Bescherelle de français de son sac à main. « C’est mon doudou. Il me rassure » nous glisse-t-elle en le feuilletant d’un air complice.

Pour Julie comme pour les autres, le chemin est long avant de pouvoir parler normalement de nouveau et redevenir des Français lambdii.

Commentaires

  1. Felicitation pour votre blogg qui est un plaisir a decouvrir. Cordialement 😉

  2. LIONEL64

    Je vous souhaite bien le bonsoir,
    Je viens de parquer mon véhicule sur une aire de stationnement et je viens lire vos articles.
    Je vous souhaite un excellentissime ouiquende !

    Cette phrase ci-avant ne fait-elle pas un point trop pompeux, je vous prie ?

  3. Ceslawi

    Dans les aperii, je prends toujours un Martino ou deux Porti.

  4. adele

    En tant qu’accro de grammaire snob, je souhaiterais apporter une correction : le pluriel féminin nominatif finit par -ae pour le 1er groupe, il faudrait donc écrire : des doses d’adrélanine maximAE!

  5. Lionel 64, ci-avant, ne semble pas voir compris le propos de votre article : il ne s’agit pas de franciser week-end ni de bannir jazz ou parking, mais de ne pas se montrer cuistre en s’efforçant de jongler avec des grammaires étrangères au sein de la langue française.

    Concernant e pluriel pédant « scenarii », il est d’autant plus hors de propos que le mot n’est pas du tout italien mais français, comme en atteste… son accent aigu bien de chez nous : scénario (et non scenario, à l’italienne). Ce détail orthographique suffit à discréditer les tenants des « scénarii » et « scenarii » qui commettent au moins une faute d’inattention…

    Bon, cela étant dit, vous êtes chaleureusement invité à vous joindre aux membres de la Mission linguistique francophone !

  6. Georges

    Ce qu’ils peuvent m’agacer ces imbéciles qui étalent une culture bling-bling ! Tenez, c’est comme « Au temps pour moi » pour « autant pour moi », où l’on va chercher une explication alambiquée, dans laquelle les militaire du 19ème siècle sont impliqués… Ca ne tient pas debout, car le sens n’est pas le même.
    « Au temps pour moi ! » est un ordre, tout comme « garde à vous ! » ou « présenter arme ! », rien à voir avec celui qui commet une bévue ou un impair et s’en absoud en s’exclamant « autant pour moi »…
    Avez-vous déjà vu un militaire présentant des excuses ?

  7. Ne devrait-on d’ailleurs pas remplacer « avant de pouvoir parler normalement de nouveau » par « avant de pouvoir parler normalement à nouveau » ?

  8. Tristan

    Snob ? Pédant ? Je comprends cette tendance humaine, trop humaine, à dévaloriser ce devant quoi l’on complexe mais la recherche de l’expression la plus juste me semble tout à fait louable…
    Concernant scénario, les versions latines et françaises découlant du latin – merci de ne pas se reposer que sur Wikipédia ou la réforme inapliquée de 1990 -, le pluriel scenarii a donc bel et bien été en usage bien avant l’invention de l’accent aigu et sans rien devoir à l’Italien, il pourrait donc tout à fait se justifier.
    Maintenant, la grammaire relevant des décisions hasardeuses de vieux universitaires désirant laisser une trace de leur passage avant de passer l’arme à gauche, s’ils décident tout à coup que scénario prend s au pluriel, on se met au garde à vous et on obéit, comme on nous a si bien appris à le faire.

    Sinon, au passage, « autant pour moi » ça ne veut juste rien dire… alors râler pour râler et pointer le snobisme des autres, forcément, ça entretient l’illusion qu’on est vachement cool, quand même.

  9. Bilboquet Magazine

    Cher Tristan,

    Soyez courageux. Vous êtes touché par le mal de la grammaire snob, et vous êtes en phase de déni et de colère. Vous êtes sur la bonne voie. Il y aura un petit temps de dépression, puis d’acceptation de votre handicap. Un jour, vous marcherez en homme libre, en homme de scénarios.

  10. PE

    Pourquoi tant de haine ! Laissez les personnes voulant avoir une manière de parler différente de la votre tranquille sans sans pour autant les traiter d’handicapés. Qui êtes vous pour juger leur état ? Allez plutôt instruire les français (de tous milieux, et bien souvent des journalistes …) pour qu’ils évitent des erreurs dignes de l’illettrisme ; « au jour d’aujourd’hui », « second » remplaçant « deuxième », le fils à Murielle », …
    Ceci n’est tout simplement pas du snobisme mais une once de respect envers la langue qui a fait et fera, j’espère, de la France la patrie des lettres et des grands auteurs.

  11. Romain

    Pour Georges:
    « au temps pour moi » n’a rien de superflu, au contraire de « scénarii ».

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Au_temps_pour_moi

  12. marisk

    …des Français lambde…

  13. Nina

    Georges:

    « au temps » est une expression militaire signifiant qu’un des soldats n’était pas dans le temps en faisant un mouvement, et que l’opération doit être reprise depuis le début.

    « au temps pour moi » signifie donc qu’on a commis une erreur et que l’on doit recommencer du début.

    (selon l’académie française)

  14. Celes

    Cet article est une perle ! ^^

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