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Bilboquet Magazine | 18/11/2017

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Stagiaire au Bilbo Mag épisode 4 : Chez Jean-Pierre Président

Stagiaire au Bilbo Mag épisode 4 : Chez Jean-Pierre Président

Je ne vais pas à la Rédaction depuis deux jours, et j’écris cette phrase d’une seule main. Ca fait mal. Je vous raconte pourquoi.

Hier je viens comme chaque jour autour de 11 heures à la Rédaction. Normalement, les chefs sont là depuis 15 minutes et m’accueillent avec un bon café froid et une pile de messages du courrier des lecteurs à faire passer direct au broyeur. Mais pas hier : hier la porte était fermée, avec un post-it « pas envie de travailler, on n’est pas là, si vous n’êtes pas là non plus, alors y’a personne ». Je me suis alors rendu compte que je n’avais pas la clé de la Rédaction, et que c’était la première fois que c’était fermé.

« Le concierge, c’est Jean-Pierre Président »

RichardJ’ai été voir chez nos voisins de palier Nicolas et Michaël, deux types qui développent une appli Iphone pour trouver ses clés. Mais apparemment il faut déjà savoir où est sa clé pour que l’appli puisse la trouver. Je leur ai dit que c’était un peu bizarre, ils ont dit que je n’y connaissais rien, je leur ai dit « mais », ils ont balancé une chanson d’Air à fond et m’ont dit de les laisser bosser sur leur MacBook Pro avec des autocollants Quicksilver dessus. Je suis parti.

J’ai été voir le concierge pour qu’il me donne le double de la clé. Le concierge, c’est Jean-Pierre Président. Jean-Pierre Président a été vendeur de voitures chez Citroën, puis il a investi son livret A dans un projet pour développer des pipes en bakélite. Ça n’a pas trop marché visiblement, et en plus Madame Président est décédée dans un accident de chasse. Je sais tout ça parce qu’il me l’a raconté, parce que j’ai passé 2 heures sur son canapé beige, en buvant un Ricard dégueulasse, du Richard ça s’appelait mais il avait décollé l’étiquette on pouvait pas savoir. Le concierge a surtout critiqué plein de gens, les chefs, Jean-Marc Ayrault, Vincent Lagaff’, et puis surtout M. Kim le Nord-Coréen. Il le tuera un jour, il m’a dit, comme on devrait tuer tous les Chinois qui sont des espions venus prendre notre travail et qui ont sabordé son projet de pipes en bakélite.

« Je t’ai tuée deux fois »

J’ai dit “ah ok, bon j’y vais”, en reposant le verre de Richard sur la table basse en verre pleine de traces de doigts et de pieds. Il m’a dit « tu me crois pas, je vais le tuer », je lui ai dit « si si mais je dois vraiment y aller là »,  et il est allé chercher quelque chose dans sa chambre. Il est ressorti avec un fusil de chasse. « Et là tu me crois ? » et « bang ! » le coup est parti. Il n’a pas fait exprès, il tremblait beaucoup trop, et il avait oublié qu’il avait chargé le fusil (un jour où il voulait déjà tuer M.Kim). J’ai pris un plomb dans la main, le reste est parti dans le mur – sur le portrait de feue Madame Président.  « Je t’ai tuée deux fois, Yvonne » a murmuré le concierge avant que je m’évanouisse.

Les chefs sont passés me voir à l’hôpital. Ils m’ont offert une petite boîte emballée dans du papier cadeau. Je l’ai ouverte: il y avait la clé de la Rédaction avec un mot « tu l’as bien méritée ».

Dessins par Ludwig Bou.

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