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Bilboquet Magazine | 20/10/2017

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Un commentaire

Mort de Babar, dernier « roi » d’Afrique

Mort de Babar, dernier « roi » d’Afrique

Après deux jours de démentis officiels, Célesteville a confirmé hier le décès de son chef d’Etat. Babar, 84 ans, était au pouvoir depuis l’indépendance de l’Éléphantie en 1959. Celui qui fut une figure de la décolonisation africaine s’était au fil des années mué en dirigeant autoritaire et paranoïaque, allant jusqu’à se faire couronner « Roi Éternel » de son pays.

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carteafriqueDu Senghor à quatre pattes…

Né en 1931 dans une Éléphantie alors colonie française, Abélard (« Babar ») Djumbo n’a certes pas eu une enfance facile. Orphelin de père, il assiste à six ans à la mort de sa mère, abattue par des chasseurs français – ses défenses surplombent encore le bureau du Premier ministre à Matignon. D’un tempérament rebelle et impulsif, il traverse l’Afrique de long en large et s’embarque pour l’Inde au port de Zanzibar. Là-bas, il s’enrôle dans la troupe d’éléphanteaux soldats menée par le célèbre colonel Hathi. C’est là, dans le maquis indien, qu’il se nourrit des thèses indépendantistes et panéléphantistes. De retour en Afrique en 1946, il fonde le Front Pachydermique de Libération (FPL) et mène une farouche guérilla pour l’indépendance depuis le maquis éléphantin. Actions de déboisement sauvage, sabotages de trains à la trompe, piétinements de colons… la « bande à Babar » terrorise les occupants et se rend célèbre par ses « barrissements de la mort » qui annoncent systématiquement, depuis la ténébreuse forêt, des actions meurtrières. Treize ans plus tard, la France jette l’éponge et quitte en hâte le pays : celui qui est alors un proche de Senghor et Bourguiba triomphe, élu à la présidence de la toute jeune République éléphantine.

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Le Général Cornélius, stratège militaire de l’indépendance fut, avec le ministre de la Santé Zéphir, l’une des premières victimes des grandes purges des années 1960.

Le Général Cornélius, stratège militaire de l’indépendance fut, avec le ministre de la Santé Zéphir, l’une des premières victimes des grandes purges des années 1960.

… au cornac paranoïaque

Ses convictions démocratiques étaient-elles une simple façade ? L’exercice du pouvoir l’a-t-il changé ? On ne le saura sans doute jamais. En l’espace de trois petites années, Babar verrouille les pouvoirs, élimine ses opposants et procède à des purges meurtrières dans son propre camp. Il embarque son jeune pays dans des guerres inter-ethniques contre les paisibles rhinocéros de Rataxès, renomme la capitale en honneur de son épouse (et cousine) Céleste et impose des mesures délirantes (notamment l’obligation faite à chacun de ses sujets de se déplacer exclusivement sur ses pattes arrières)… Point d’orgue, son couronnement en grande pompe en 1976 (auquel se rendit le président français Valéry Giscard d’Estaing), qui régla définitivement la question des élections, suspendues depuis 1964.

Les rumeurs les plus folles ont couru sur la "Vieille dame", cette conseillère spéciale de Babar, dont aucun cliché n'a jamais été pris. Certains, dont le journaliste Pierre Péan, soutiennent qu'il s'agissait de Jacques Foccart, déguisé.

Les rumeurs les plus folles ont couru sur la « Vieille dame », cette conseillère spéciale de Babar, dont aucun cliché n’a jamais été pris. Certains, dont le journaliste Pierre Péan, soutiennent qu’il s’agissait de Jacques Foccart, déguisé.

Pourtant, tout au long de son règne, Babar bénéficia d’une étonnante complaisance de la part du reste du monde, sourd à la souffrance de son peuple. La faute sans doute à une propagande particulièrement efficace, orchestrée au fil des ans par deux Français, Jean de Brunhoff et son fils, Laurent*. Dans son éternel costume vert et nœud papillon rouge, il était présenté comme un souverain modèle, bon père de famille, attentif au bonheur de ses sujets et au développement économique de son pays. En accueillant la Coupe d’Afrique des nations de football en 1987, l’Éléphantie avait renvoyé l’image séduisante d’une Afrique pleine de promesses, à peine ternie par les révélations sur le travail forcé des ouvriers rhinocéros sur les chantiers des stades.

C’est pourtant un pays à bout de souffle, économiquement exsangue et au bord de la famine, que le monde feint de découvrir aujourd’hui.

En confondant la trésorerie du pays avec son compte en banque, Babar a ruiné la « Nation d’Or et d’Ivoire » au fil des ans. Sans arrêt en « voyage diplomatique » (chez le Père Noël, en Europe, dans la région…), il a dilapidé les maigres recettes nationales, allant jusqu’à endetter l’Elephantie auprès du Fonds Monétaire des Animaux et de la Banque Zoologique. Il n’est ainsi pas rare de croiser, dans les rues de Célesteville, des éléphants sans défenses, ayant vendu leur ivoire au plus offrant pour payer quelques tonnes de branchages à leurs petits affamés… Las ! La guerre de succession qui se joue en coulisses depuis plusieurs mois entre les enfants de Babar (Pom, Flore et Alexandre) pourrait encore empirer la situation…

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* Pour en savoir plus, voir l’édifiante Histoire de Babar (J. de Brunhoff) et le film « Le Triomphe de Babar », visions idéalisées de ses premières années de règne. A lire également, le délirant Babar et ce coquin d’Arthur (L. de Brunhoff), qui fait croire à une réconciliation pacifique entre Babar et son opposant de neveu, alors que celui-ci fut discrètement extradé et passa le restant de ses jours dans un zoo chinois. Pour un œil plus critique, Tous les baobabs ne s’appellent pas Babar, d’Arthur Le Fréac’h, dresse un véritable portrait au vitriol du « Monarque Gris ». 

Commentaires

  1. Djé

    Après 56 ans de règne sans partage sur ce petit pays, gageons que le président O’bama saura utiliser cette guerre de succession pour renouer les liens entre les deux pays. j’en veux pour preuve la réouverture de l’ambassade d’Elephantie à Mammoth Lake en Californie

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